Puisons sans réserve dans les ressources de la langue française…

… c'est le journal officiel qui le dit ! 

Petit coup de gueule visiblement au JORF, qui participe à la lutte pour la survie de notre belle langue face à l'envahisseur anglo-saxon. Si même l'Etat s'y met, prenez garde ! 

Voici le texte

JORF n°0028 du 3 février 2011 page 2221 

texte n° 116 

RECOMMANDATION 

Recommandation sur les équivalents français à donner au mot « flyer » 

NOR: CTNX1032673X

La vogue du mot anglais flyer pour désigner ce qui est littéralement une « feuille volante » est un exemple parmi d'autres d'une méconnaissance des possibilités de la langue française. Il est employé à seule fin de donner un air de nouveauté à une technique publicitaire des plus anciennes. En effet, distribuée de la main à la main à l'entrée des théâtres ou des magasins, glissée dans les boîtes aux lettres ou posée en pile sur un comptoir, une simple feuille de papier reste, à l'ère de l'internet et de la téléphonie mobile, un moyen simple et efficace pour diffuser une information et appeler l'attention du public.

Ainsi, une annonce peut avoir des supports divers, désignés par des mots différents, du plus général ― feuillet, feuille, imprimé ― au plus précis : dépliant, papillon ou brochure, si l'on s'en tient à la forme du document, coupon, prospectus, tract, invitation ou programme, si l'on s'attache à son contenu, qu'il soit commercial, politique ou culturel.

Le lexique offrant une large gamme de mots évocateurs, la Commission générale recommande de ne pas s'en tenir à un mot unique et de puiser sans réserve dans les ressources de la langue française.

Dans le cadre professionnel on utilise des anglicismes à la pelletée (brainstorming, challenge, coaching, feedback…) sans doute parce que l'anglais est la langue dominante dans le monde des affaires. Mais les emprunts ça va ça vient, alors faut-il vraiment s'en inquiéter ? Qui parle encore de "speakerine" par exemple ? 😉

 

Comme le dit l'Académie française : "Il est excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais. Les emprunts à l’anglais sont un phénomène ancien." Alors est-il réellement besoin de faire appel à une recommandation à valeur légale pour maintenir de la diversité dans le vocabulaire français ?

4 Comments

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  • Jean-François
    Posted 9th February 2011 8:05 am 0Likes

    Si l'on ne parle plus de « speakerines », c'est peut-être parce qu'elles n'existent plus, non ?

  • Aurélie
    Posted 9th February 2011 10:09 am 0Likes

    C'est pas faux… 😉 Je change d'exemple alors : prenons le "speaker", remplacé maintenant par "animateur radio" > mieux, non ?
    Par extension, tous les systèmes de quotas qui sont là pour "protéger" la langue française empêchent également la diversité linguistique : pour écouter quoi que ce soit en anglais dans ce pays il faut se lever de bonne heure, et les programmes multilingues à la télévision sont récents (avec cette passion du doublage que l'on a au détriment du sous-titrage). Mon point de vue est que c'est en partie la cause d'un niveau d'anglais assez faible des Français en général, qui nous dessert plus qu'autre chose.
    Mais on s'éloigne de notre histoire de speakerine : merci pour votre commentaire dans tous les cas ! 🙂

  • Cassius
    Posted 24th August 2011 4:16 pm 0Likes

    "Est-il réellement besoin de faire appel à une recommandation à valeur légale pour maintenir de la diversité dans le vocabulaire français ?" Bien sûr que non, poser la question c'est y répondre.
    Cependant, j'aurais une petite divergence avec votre article et commentaire, car il me semble que ce sont justement les personnes réellement bi- ou multilingues (c'est mon cas, à dix ans je ne parlais pas un mot de français) qui peuvent apprécier le caractère souvent inutile et bête des emprunts faits à une autre langue par effet de mode pour désigner ce qui est déjà très bien nommé dans la sienne propre.  Ainsi, en entreprise, entendre parler du matin au soir des compétences en "management" qu'il faudrait "booster" pour doper le "business" est assez fatigant et relève purement d'une volonté de se donner un genre. Pour le cas cité plus haut du "flyer", c'est un peu pareil, me semble-t-il. En revanche, oui évidemment, et les bras ouverts, à tous les emprunts qui ajoutent une nuance ou un sens nouveaux.
    Quant aux quotas dans l'audiovisuel, il s'agit d'un débat distinct, et assez complexe, qu'il ne faudrait pas prendre trop à la légère. Je ne peux que sourire de lire qu'ils "empêchent la diversité linguistique" d'après vous, car j'ai trop souvent été désespéré de n'entendre que de l'anglo-américain à travers de nombreux pays pour ne pas apprécier en France la création vivante de langue française qui a largement été favorisée par ces mesures souvent décriées. Il en va de même du cinéma, où les mécanismes de soutien public ont permis à la France de rester un des pays au monde à produire et diffuser le plus grand nombre (et aussi la plus grande variété) de films nationaux, face au rouleau-compresseur américain qui, ailleurs, atteint souvent les 80 à 90 % de parts de marché.
    En revanche, je milite comme vous pour le sous-titrage, pratique courante en Belgique, au Portugal ou aux Pays-Bas pour ne citer que ces pays-là, et qui favorise de manière évidente l'ouverture de l'oreille aux autres langues. Désolé pour les quelques comédiens spécialisés qui vivent du doublage, mais sa prédominance n'est pas vraiment une bonne chose !
    Bref, il ne s'agit pas de légiférer sur le moindre mot, bien entendu, mais en amoureux de la langue française que j'ai adoptée avec bonheur je souscris pleinement au titre de votre article :
    Puisons sans réserve dans les ressources de la langue française…

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